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par firehawck » 11 sept. 2009 07:52
Juste pour avoir les avis de ceux qui vivent la montagne,c'est sans arriere pensées
Paroles d’éleveuse……….
En 2000, une attaque « au premier abord » de loup a décimé
le petit troupeau de 29 brebis sur mon exploitation
dans les contreforts du Vercors (certaines égorgées le reste
du troupeau atterré, dispersé dans les alentours). « Au premier
abord » car même la gendarmerie que j’ai contactée
de suite n’a pas su me renseigner sur la procédure à engager
dans un pareil cas (louveterie à avertir…) et que personne
n’a pu me fournir de réponse sur le moment.
J’ai vendu le peu de bêtes restantes, découragée et après
renseignements pris à la DDAF j’ai appris qu’une démarche
était entreprise pour la protection des troupeaux et j’ai
alors été une des premières exploitantes du département
de l’Isère à accueillir un patou pour reprendre l’élevage.
J’étais « double actif » et par la même me sentais toute désignée
pour tenter un « nouveau pastoralisme » par rapport
aux éleveurs dont la seule ressource est le troupeau.
J’ai donc tenté la cohabitation avec le prédateur à partir de
2002 (contrats LIFE) et je me souviens de la mise en place
des premiers dispositifs d’effarouchement lumineux, prêtés
par la DDE à l’époque.
Particulièrement intéressée par ce sujet je me suis inscrite
de ma propre initiative au stage de formation de correspondant
du réseau loup—lynx organisé ce printemps dans
les Bauges. Ce stage m’a permis d’obtenir :
- Une connaissance pointue des prédateurs principaux
(loup, lynx) avec lesquels on doit composer en permanence
quand on gère un élevage de brebis.
- Des informations pour appréhender leur façon d’évoluer
sur un territoire en fonction d’un potentiel de « garde
manger » aussi bien sauvage que domestique adapté à leur
besoin. De plus cette « approche biologique » est dispensée
de façon objective, par une personne « extérieure » qui
ne subit pas les contraintes que représente la présence de
ces prédateurs.
Les apports dispensées vont même jusqu’aux outils pour
aider à la détection de leur présence ou de leur passage sur
le terrain. Et pour compléter tout cela, j’ai apprécié le
temps consacré à une « imprégnation sensitive » de ce
milieu grâce à des films dispensés en soirée.
L’impact de la prédation sur la faune sauvage (dont je ne
mesurais absolument pas l’ampleur) a été abordé, tout
comme celui qui s’exerce sur les troupeaux domestiques.
Une technicienne pastorale a détaillé :
- Les mesures de protections mises en place, mais aussi et
bien sûr les caractéristiques des attaques les plus fréquentes.
- L’évolution dans les méthodes de conduite de troupeaux
indispensables pour s’adapter à la réapparition des prédateurs
dont les impacts sont de plus en plus importants.
- Les moyens de protections passifs (parcs de nuit) aussi
bien qu’actifs (patous, aides bergers) et leur adaptation à
chaque type de troupeaux.
- Le statut du chien de protection au regard de la loi et
son interaction avec le tourisme (j’ai moi-même dû le
mois dernier euthanasier un patou qui présentait des problèmes
de comportement avec certains type d’usagers du
sentier de grande randonnée qui passe au coin de ferme
— quad et VTT ) .
Et bien sûr la répartition du budget concerné
(indemnisation des prédations ; subvention pour la mise
en place des mesures de protection — 80% du budget
national annuel « loup » consacré à la prévention et donc
aux mesures de protections). En effet, il est important de
connaître l’ampleur et la répartition du budget consacré à
la préservation de ces espèces d’une part et à la protection
des espèces prédatées (les moutons) d’autre part, pour
bien resituer les choses dans leur contexte.
Au cours du stage ma conviction d’une régulation possible
de la population de loups a été remise en question par une
meilleure perception du fonctionnement biologique de
l’espèce, qui adapte sa démographie au potentiel du site.
Ainsi, un loup tué pourrait entraîner la destructuration de
la meute avec pour conséquence un accroissement du
nombre d’attaque sur le cheptel domestique.
Ce stage fut également très enrichissant par les contacts
entre les participants, d’horizons très différents (ONF,
ONC, Parc Nationaux, chasseurs, particuliers simplement
motivés par un intérêt personnel ).Seule la présence d’éleveurs
(qui sont quand même au coeur de l’évolution de la
problématique liée au retour des prédateurs) manquait aux
débats. D’autant plus qu’une connaissance affinée de ces
prédateurs peut permettre une précision et une adaptation
du système de protection du troupeau pour chaque éleveur.
Au pire on pourrait dire « pour composer avec l’ennemi il
faut le connaître parfaitement lui et son fonctionnement ».
Séance pratique de relevés d’indices de présence (Photo :
M. Booth)
2009 Numéro 21 Quoi de neuf ? Page 5
La cohabitation avec les prédateurs est certes difficile, en
particulier pour les grands troupeaux en estive dans les alpages,
où la configuration des sites et les conditions météorologiques
compromettent souvent l’efficacité des moyens de
protection. Mais il apparaît nécessaire d’envisager ensemble
un pastoralisme avec protection qui s’avère indispensable
même dans le cas d’une éradication des prédateurs loup et
lynx car d’autres sources de dommages existent en nombre
(corbeaux, renards et surtout chiens errants, prédateur à 2
pattes, gibiers …).
Par conséquent, il faut travailler ensemble sur les conditions
de cette cohabitation car l’éleveur est contraint de se protéger
et il ne peut le faire à moindre frais et en se passant d’ un
appui technique aujourd’hui reconnu.
Eve Palaccios—Eleveur dans le nord Vercors (38)
Stage de